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12/06/2014. Quand j’ai entendu parler d’une jeune femme exerçant le métier de sirène  (une sirène professionnelle, donc), j’ai ressenti un grand élan de sympathie. C’est-à-dire que, déjà à mon échelle, quand je dis : « On  construit un voilier pour faire le tour du monde« , c’est souvent accueilli avec méfiance. Du coup, balancer « Salut, moi je suis une  sirène » : WOW. Je suis fascinée par les gens entiers, ceux  qui assument / croient en / réalisent leurs rêves. Donc une sirène… voilà bien quelqu’un à qui j’ai eu envie de poser des questions.

plongée

Puisque je vous dis que c’est une SIRÈNE.

Elle s’appelle Claire, elle est la première -et à ce jour la seule-  sirène professionnelle de France.

Je me suis promenée sur son site internet, j’ai vu que le  métier demandait un excellent niveau sportif. Que Claire exerçait dans le cadre de films, de spectacles, d’opérations de marketing ou encore pour des tournages publicitaires et des manifestations pédagogiques. Et puis, toujours sur son site, j’ai lu : « Nouveau ! Possibilité de  location d’un coquillage géant ». C’est à ce moment que j’ai craqué définitivement pour Claire la Sirène.

De retour d’un tournage en Grèce, la jeune femme a accepté de me répondre (merci Claire) et voilà comment nous en venons au mini-CV d’une femme-poisson et à un « Trois questions à »… une sirène.

sirène mer

Le profil d’une sirène

• Claire a 25 ans ; elle est sirène professionnelle depuis 2011.

• Il y a quatre ans, les sirènes professionnelles n’existaient ni en  France ni en Europe, seulement aux Etats-Unis et en Australie. Là-bas, des communautés de passionnés pratiquent le « mermaiding » : les gens achètent ou fabriquent leurs queues de sirènes et nagent avec. Certains passent le cap de devenir professionnels : ce sont les  « mermaids performers » : des artistes rémunérés pour leurs prestations.

• Etre sirène, c’est être une artiste + une sportive. « Parfois, les  enfants me font des reproches, quand ils me voient enlever ma queue par exemple et qu’ils ont l’impression que je veux les duper en me faisant passer pour une vraie sirène. J‘insiste alors sur la partie sport et la partie spectacle, je leur  explique que c’est un travail. Et quand je rétablis la vérité, ils sont tout aussi émerveillés, même s’ils savent que je ne suis pas réellement une femme poisson. »

• Claire possède quatre costumes, tous faits maison : « Une queue bleue très réaliste en silicone, une queue bleue-verte en latex incrustée de  sequins irisés, une queue dorée en latex réaliste et une queue réaliste en latex de couleur verte, bleue et violette ! » Ces costumes comportent tous une mono-palme qui aide Claire à nager, mais certains pèsent jusqu’à 13 kilos : onduler avec un lest pareil, c’est une sacrée performance.

• Pour corser l’affaire, une sirène digne de ce nom n’arbore ni pince-nez, ni masque, ni bouteille, ni tuba… Il faut donc à la fois retenir son souffle, laisser l’eau entrer dans son nez, plonger les yeux grands ouverts et bien entendu : sourire.

• Claire est titulaire du brevet de plongée professionnelle (niveau 2) et  pratique l’apnée plusieurs heures par semaine. Elle tient plus de deux minutes sans respirer. DEUX MINUTES. Vous imaginez ? Et elle peut descendre jusqu’à 20 mètres de profondeur en apnée.

• Actuellement en doctorat à La Sorbonne Nouvelle, Claire a déjà écrit, dans  le cadre d’un Master en médiation culturelle, deux mémoires de recherche  consacrés le premier au mythe de la sirène et le second aux communautés de sirènes.

• Elle a lu en ligne des centaines de commentaires sur elle, et a eu (l’agréable) surprise de ne pas en trouver de négatif : ni moqueur, ni sexiste ! Voilà une bonne nouvelle. En revanche, être « Merman » (homme-sirène) (hé oui, ça existe aussi) semble encore périlleux. L’un des amis de Claire souhaite se lancer, mais aux Etats-Unis, le médiatique Mertailor a subi des commentaires homophobes. On souhaite aux hommes-poissons ténacité, bonheur et succès.

Trois questions à… Claire La Sirène

• Comment une enfant, qui rêve d’être une sirène, en vient-elle à en faire son métier ?

Petite, j’étais fascinée par la mythologie grecque et égyptienne ; et passionnée par les créatures imaginaires et fantastiques : sirènes, centaures, fées, licornes… Je demandais des costumes de sirènes, avec des queues argentées, pleines de paillettes ! Avec mes amies, comme  beaucoup d’enfants sans doute, je m’entraînais à nager les jambes croisées. Quelques années plus tard, à 16 ans, j’ai commencé la plongée. Et j’ai eu la chance de vivre jusqu’à mes 18 ans au bord de la mer. La sirène est une association parfaite de l’élément aquatique et de la  féminité.

Il y quatre ans, j’étais étudiante et je travaillais dans le monde du spectacle et le milieu de la nuit. Je réfléchissais à un nouveau concept, car c’est un univers qui demande beaucoup de renouvellement. J’ai pensé aux sirènes, je suis mise à chercher un costume sur Internet et c’est là que je me suis aperçue que ce métier existait en Australie et aux Etats-Unis ! Je suis tombée sur le site de la première sirène professionnelle du monde, Hannah Fraser, une australienne, mannequin et militante écologiste. A partir de là, j’ai accroché tout de suite. Pendant trois mois, je n’ai plus pensé qu’à ça. Je ne dormais plus, j’ai décidé de me  lancer à fond dans cette voie.

Il existe aux Etats-Unis des fabricants de queues de sirènes ; elles valent plusieurs milliers de dollars. Je n’avais pas le budget, et j’ai  toujours été habile de mes mains : j’ai entrepris de fabriquer mon premier costume. J’en ai fait cinq autres depuis.

A l’époque, j’avais pris une année sabbatique pour suivre des études de  théâtre, j’avais arrêté mes études mais finalement, ce sont les sirènes qui m’ont ramenée à l’Université ! J’ai découvert un Master à la Sorbonne nouvelle, avec un mémoire sur les monstres mythologiques. En  principe, je n’aurais pas dû être prise car je n’avais pas suivi le parcours classique, mais mon projet de Sirène a convaincu les enseignants.

 • Quel est votre meilleur souvenir de sirène ?

Il y a deux ans : ma première plongée en aquarium, avec des requins à pointe noire. J’avais toujours rêvé de plonger dans un aquarium.

sirène requin

• Vous exercez métier à la fois artistique et sportif. Qu’est-ce qui pourrait vous pousser à arrêter ?

La condition physique, bien sûr : attention aux crampes et syncopes, car il faut au moins une personne (et plusieurs minutes) pour m’aider à enlever mon costume. Ensuite, le temps est un facteur important : je fais de plus en plus de prestations en tant que sirène, et je suis en doctorat, donc mes études m’accaparent également. Mais je suis loin d’envisager d’arrêter !

 >> Découvrez Claire à l’Aquarium de Paris cet été

Elle y réalisera sa première performance ce dimanche 15 juin, pour la  presse, et ensuite tout l’été pour le public (juin, juillet, août, septembre) plusieurs fois par semaine : découvrez le travail de Claire en direct ! Renseignement ici.

Parmi les autres nombreux projets de la jeune femme : organiser des  expositions sur le mythe de la sirène, dans des musées notamment.

logo Claire

Une réflexion sur “interview : claire est une sirène

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